En marge de ses traditionnelles réunions régionales, le premier groupe coopératif français organise des échanges avec les caves vinicoles pour les convaincre d’adhérer au nouveau pôle InVivo Wine. Après des rencontres avec les opérateurs d’Alsace, Bourgogne et Beaujolais (à Dijon) et des pays de la Loire (à Nantes), ce tour viticole s’arrête ce 16 octobre dans le Sud-Ouest (à Bordeaux), avant de se diriger vers le Midi (à Narbonne, ce qui est une étape inédite pour InVivo), puis la vallée du Rhône (à Avignon). Prenant le bâton de pèlerin, Thierry Blandinières (directeur général d’InVivo) annonce rencontrer ainsi 80 % des 635 caves coopératives françaises. Et il espère en voir une quinzaine adhérer avant la fin de l’année. Prudent, il ajoute ne pas être dans une course quantitative et pouvoir se contenter d’un noyau dur plus restreint pour amorcer InVivo Wine.

A l’attention des caves coopératives régionales, cette opération séduction précise bien quelques axes stratégiques, par rapport aux précédentes déclarations d’intention. Mais les détails essentiels sont loin d’avoir été tranchés. Le conseil d’administration d’InVivo a ainsi bien validé la création d’un métier « vigne et vin ». Mais la décision finale, et effective, ne pourra être prise qu’en décembre, avec le vote de l’Assemblée Générale réunie à Paris. Est également suspendue à cette réunion, l’ouverture de sièges d’administrateurs à l’union nationale (deux sont aujourd’hui évoqués, sur un total de trente).

En pratique, Invivo Wine confirme mettre en place exclusivement des contrats pluriannuels avec les caves coopératives qui adhéreront, que ce soit en vrac ou bouteille. Mais la hauteur de cet engagement reste en discussion, pour ne pas dire suspendu aux négociations à venir. Un apport de 15 à 20 % de la production en vrac et/ou bouteilles est évoqué par la direction d’InVivo. Pour l’adhésion à l’union coopérative, le ticket d’entrée pourrait être d’un à deux euros par hectolitres produits (une cave produisant 200 000 hl devrait ainsi verser 200 à 400 000 € pour acheter des parts sociales d’InVivo). En ce qui concerne les cours, le nerf de la guerre, Thierry Blandinières confirme que les prix d’achat seront ceux du marché : « mais la contre-partie, c’est que vous serez au cœur du projet et jamais une variable d’ajustement ».

Pour séduire les caves coopératives, InVivo mise en effet sur son expertise dans la valorisation, et la sécurisation, de la commercialisation des productions agricoles. Son pôle vin se pose ainsi en catalyseur palliant au manque de structure des coopératives à l’export.« En associant nos compétences à celles des coopératives, nous pourrons investir dans des structures marketing créant de la valeur. Et proposer une plate-forme internationale à la taille critique permettant de nouveaux débouchés à nos marques » résume Thierry Blandinières. Si Invivo Wine a déjà investi dans de le rachat de négoces, il lui reste à fixer des cahiers des charges dédiés à sa future segmentation.

Concrètement, le projet repose aujourd’hui sur une plate-forme méridionale, portée par Vinadeis (UCCOAR et Val d’Orbieu). La première union de coopératives ayant rejoint le projet d’Invivo vient ainsi d’intégrer le négoce Vignobles du Soleil (apporté par InVivo en échange de 21 % des actions de Vinadeis). Pour le Sud-Ouest, le négoce Cordier est sa tête de pont*, avec la volonté de créer une marque premium forte. En recherche active d’opportunités sur les autres vignobles français, InVivo ne cache pas regarder également les opportunités à l’étranger, notamment, aux Etats-Unis, clairement désignés comme marché prioritaire.

Réunissant 223 coopératives (à majorité céréalières), le groupe InVivo enregistre un chiffre d’affaires de 5,7 milliards d’euros. A terme, l’objectif d’Invivo Wine est d’y apporte 500 millions d’euros.

 

* : Dissocié de Cordier, Mestrezat doit compléter la gamme de vins bordelais d’Invivo, avec une offre de grands crus. Encore sous la direction de David Bolzan, la maison Mestrezat devrait prochainement voir une arrivée de « sang neuf », glisse Thierry Blandinières.

[Photo : Thierry Blandinières lors de son petit-déjeuner avec la presse aquitaine ce 16 octobre ; Alexandre Abellan (Vitisphere)]